Moments vécus, moments imaginaires, moments intenses, souvenirs ou légendes : instants happés à la vie fugace ...
Cet "autre part" de l'Ailleurs rend plausible l'irrationnel, permet l'irruption de la poésie, ébranle nos certitudes, abrite l'horreur qui asphyxie ou dévoile la beauté.
Ces récits oscillent entre rêves vécus et réalité rêvée, parcourant ce fil qui relie toute chose et donne un sens aux plus infimes moments de nos vies.
«Ils sont juste devant.
Les éléphants.
Majestueux, magnifiques, grands, moins grands, jeunes, tout petits. La plupart tenant par la trompe la queue de celui qui précède. Les récemment nés dans l'ombre portée de leur mère.
Avec le tempo immuable venu du début des temps ils ont imperceptiblement disparuun à un sur la droite. Le mirage a absorbé leurs pieds, leur silhouette a ondulé, la brûme les a peu à peu dissous.
Médusés, nous les avons regardés sans pouvoir parler. Une émotion tellurienne nous reliait, unissait les humains, les éléphants, le sable, l'air, le ciel deviné, l'univers pressenti.»
* * *
«Ils se sont installés dans la douceur du crépuscule, protégés dans le creux fermé des collines par tous ces murets de terre qui épousaientles mouvements du terrain.Ils firent du feu, mangèrent la viande en silence sous le ciel brillant d'étoiles et le froid mordant de la nuit. Les chevaux étaient paisibles, ils avaient bu à la source et goulûment mangé leur avoine. »
* * *
« Au début une rumeur indistincte. Qui enfle rapidement. En un instant les hurlements emplissent mes oreilles. Des milliers de hurlements.
Dans le silence du corridor vide, de la pièce vide.
Rien, il n'y a rien. »
* * *
« Du Sorcier à la lionne, du renne au bison, de la chouette au cheval, on ressent l'intensité entre le chasseur et le chassé, entre la proie et l'homme, entre soi et l'autre.
L'autre non seulement poursuivi ou tué, mais aussi observé, vénéré, parfois supplié. L'autre comme interrogation au-delà de toute représentation, en vie par cette représentation même.
Soi dans une relation mystérieuse qui n'a rien de sauvage, ni même de brutal, essentiellement sacrée. L'art et le sacré. »
* * *
« Puissance du rien qui contient le tout.
La vision est au-delà de la vue, la vastitude de l'intérieur englobe l'extérieur.
Un. Tout est un. »
* * *
« La substance des rêves a-t-elle plus de consistance que celle de la réalité ? »